Nous voilà à la maison, toutes les 3 réunies. A tous, un grand merci pour vos commentaires depuis le début de cette aventure, et surtout depuis mercredi et notre départ pour la maternité. En bon Cactus high-tech que je suis, j'ai pu lire vos commentaires en direct depuis mon lit. C'est toutefois avec un vieux bon stylo que j'ai écrit le récit de la naissance de Joséphine il y a deux jours.

Encore merci à tous.
Cactus

Après une semaine d’allers-retours en surveillance intensive de grossesse, nous débarquons donc à la maternité le 23 décembre aux aurores ou presque. La sage-femme qui nous accueille nous connaît, on l’a déjà rencontrée plusieurs fois en SIG et lors de l’entretien du 4e mois que l’on avait programmé durant le 8e. Elle a travaillé toute la nuit et assure la transmission. On lui remet notre projet de naissance. A 8h30, on entre dans le vif du sujet, 1er comprimé pour déclencher le travail. Nous sommes face à notre jour le plus long, on a été prévenues : un déclenchement peut durer entre 24 et 48 heures et pourtant, le temps passera très vite. On commence par deux heures de monitoring pour voir si le bébé supporte bien les contractions qui sont induites, tout va bien de ce côté-là. Les contractions sont belles si on se fie au monitoring, leur intensité augmente peu à peu, passe la barre des 100, 110, 120, mais je les supporte trop bien, c’est louche. En début d’après-midi, la sage-femme confirme qu’elles sont inefficaces sur le col, ce ne sont que des réflexes. Elle tente alors un peu d’acupuncture et me voilà avec une dizaine d’aiguilles dans les orteils ! Pas concluant non plus. Il est 16h, on change de technique et me voilà branchée à une perf qui ne me quittera plus jusqu’à la naissance de notre puce. La 1ère perf de ma vie…


Quatre heures plus tard, l’équipe de nuit prend le relai, une nouvelle sage-femme arrive et les choses vont s’accélérer. Sa collègue a préparé le boulot pendant 12 heures, elle va le terminer en 4. Elle commence par rompre la poche des eaux, par acquis de conscience, je lui demande si c’est bien à partir de ce moment-là que je risque d’avoir vraiment mal, et elle confirme. Hasard ou coïncidence, dix minutes plus tard, les contractions, les vraies débutent. Sur le monito, elles n’ont que la moitié de l’intensité de celles du matin, mais je suis clouée sur le lit, concentrée sur la respiration. Comme les choses ne vont pas aller à s’arrangeant, j’anticipe et demande la péridurale. Le temps que l’anesthésiste n’arrive, que le produit fasse son effet, je vais dérouiller pendant 45 minutes, assez pour avoir une pensée plein de respect pour nos grands-mères qui n’ont pas pu demander ce soulagement, et pour les femmes qui choisissent volontairement de s’en passer. L’anesthésiste arrive, Mutine part boire un café et appeler sa maman, histoire de calmer son impatience. La date du déclenchement nous a contraintes à annuler le peu de choses que l’on avait prévu pour Noël et à éventer notre petit secret, du coup, les grands-parents sont au taquet. Quand ma chérie revient, tout est posé, et le produit commence à faire son effet. J’ai l’impression d’être dans un trip assez sympa, tendance cigarette qui fait rire. Il est 21 heures et des brouettes, Mutine s’amuse à voir grimper l’intensité des contractions et à m’entendre répondre « non » à ses questions récurrentes « et celle-là, elle t’a fait mal ? ». 


Peu avant 23h, les douleurs font leur retour. Comme j’ai super bien réagi à l’anesthésiant, je n’ai eu qu’une dose sur les deux qui sont en principe injectées initialement et l’effet commence à se relâcher un peu bien que le produit coule en continu. Si on doit y passer encore 3 heures, j’aimerais bien qu’on en remette une petite couche. La sage-femme m’examine. Au passage, je lui dis que je sens un poids très bas dans le ventre. C’est la tête de celle qui est, pour quelques minutes encore, notre Moricette. Elle a pris le chemin le plus court, si bien qu’en trois heures à peine, on a atteint la dilatation complète et le bébé est bien engagé. Pour la seconde dose de péridurale, on repassera. Je demande à Mutine si elle est prête, on va se lancer dans quelque chose de fou, on a tant attendu ce moment, il est là maintenant et un mur d’inconnu se dresse devant nous. Le dernier cours d’hapto que l’on a pu honorer était consacré aux poussées, je sais quel type me convient le mieux, mais entre la théorie et la pratique, il y a un canyon. En prépa, la sage-femme nous avait expliqué que l’idéal était d’effectuer trois grandes poussées par contraction. On commence donc par ça. Mutine jour le rôle du coach à la perfection, elle m’encourage à l’oreille, me tient la tête, donne le tempo, elle souffle, bref, elle accouche en même temps. Les choses trainent un peu, ce qui n’est pas conseillé en cas d’hypertension, ça sonne dans tous les coins, et Moricette commence à faiblir un peu dans l’histoire. La sage-femme va chercher le médecin, qui va chercher les ventouses, qui arrivent avec un second médecin, une étudiante. Nous sommes désormais cinq pour faire venir la petite poulette. De trois poussées par contraction, on passe à quatre et je finis par m’épuiser à force de vouloir pousser tout le temps. A la fin de chaque poussée, je me demande comment je vais pouvoir assurer la suivante et pourtant, il faut bien y retourner. Le rythme cardiaque de la petite ralentit et c’est effrayant.


Peu à peu, je sens malgré tout passer la tête de Moricette. Quand j’entends le médecin dire « ne poussez plus », je sais que la plus gros est fait. Encore un petit effort pour dégager les épaules et je me retrouve avec une petite Joséphine glissante, posée sur mon ventre. Ça y est, la voilà notre minipoulette. Elle pleure tout de suite, elle respire toute seule et en cinq minutes a réussi à fourrer son pouce en bouche. A côté de moi, Mutine pleure, les larmes coulent toutes seules, mélange de joie, de soulagement, de fatigue, un surplus de bonheur l’envahit. Nous sommes le 23 décembre, il est 23h48. Dans 12 minutes, c’est Noël mais nous sommes sur une autre planète. Mutine pleure, je tremble. J’ai faim, j’ai soif, je n’ai plus rien avalé ni rien bu depuis midi. Joséphine est examinée rapidement, tout va bien. Supergygy avait tapé dans le mille avec son estimation de poids, notre mini-meufette pèse 2kg 440. La petite est toujours blottie contre moi, sous 2 couvertures alors que l’interne papote avec nous en dirigeant son étudiante plongée en plein atelier suture.
Il est presque 1 heure du matin à présent. Dans la salle d’accouchement, seules les lumières « médicales » sont allumées, sialique et rampe d’examen pour le bébé. Mutine donne le 1er biberon à sa fille. L’ambiance est intimiste. Il y a eu 7 autres naissances durant la journée, nous sommes désormais seules sur tout l’étage de la salle de naissance. Toute l’équipe est aux petits soins pour nous. La sage-femme nous propose d’inscrire les deux noms de Joséphine sur son carnet de santé et et ses bracelets. On n’y avait pas pensé mais la spontanéité de la demande nous fait plaisir et on accepte évidemment tout de suite. A 2h30, nous prenons la direction de l’étage supérieur, service maternité. Je suis en fauteuil roulant, avec toutes nos affaires tandis que Mutine pilote le berceau de notre fille. On s’installe dans la chambre, on demande un lit pour le second parent, puisque la mater le propose. Cette nuit et la suivante, Mutine dormira avec nous. Un repas chaud arrive pour moi, je me mets à manger des pâtes à 3h du matin, entre ma chérie et notre bébé tout neuf. On est épuisées, debout depuis presque 24 heures, mais heureuses. C’est Noël mais pour nous, c’est surtout le début d’une nouvelle vie.


Cactus