On a beaucoup entendu parlé d'homosexualité et d'homoparentalité ces derniers jours, depuis que le tribunal administratif de Besançon a ordonné au Conseil général du Doubs d'accorder l'agrément à une femme qui se battait depuis 10 ans pour l'obtenir. Les médias s'en sont largement fait écho, aboutissant le plus souvent à des contre-vérités dont celle de dire que pour la 1ère fois un couple homo avait obtenu le droit d'adopter alors que c'est bien une femme célibataire qui a obtenu cet agrément, certes sans avoir caché qu'elle vivait avec une autre femme. Dix ans de procédure pour un rappel à la loi (qui autorise les célibataires à adopter et interdit les refus liés à l'orientation sexuelle), ça fait cher de l'agrément, mais ne retenons que le fin mot de l'histoire.

Suite à cela donc, on a beaucoup parlé de l'homoparentalité. Yves Calvi a présenté un C dans l'air consacré à "l'homo et l'enfant" jeudi dernier. Quatre invités étaient présents sur le plateau : Serge Hefez, psychiatre, Caroline Mecary, avocate spécialisée dans les affaires familiales et plus spécialement dans les dossiers d'homoparentalité, Franck Tanguy représentant l'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL) et Christian Vanneste, député UMP du Nord, connu pour ses prises de positions contre l'homosexualité en général, quand ses propos ne sont pas franchement homophobes. Le plateau semblait dès le départ déséquilibré. Est-ce pour cela que lorsque les avis des téléspectateurs ont commencé à défiler en bas de l'écran, ceux-ci semblaient franchement hostiles ? Fallait-il atteindre un équilibre ou ces avis reflètent-ils réellement l'avis de la population ? Certaines remarques étaient tout simplement ignorantes, dans la mesure où la majorité des gens n'étant pas confrontés à ces situation, peu d'entre eux savent, de bonne foi, quels sont les parcours des célibataires ou des couples homo pour avoir des enfants. D'autres avis étaient franchement plus violents, et on a beau ne pas vitre dans le monde des bisounours, ça laisse sans voix.

Vendredi matin, France 5 remettait ça dans l'émission Les Maternelles, en consacrant sa grande discussion  la question "grandir dans une famille homoparentale, et si c'était plus facile qu'il n'y paraît ?". La façon dont la question était posée y répondait en partie et en effet, les avis étaient plutôt positifs. On ne peut pas en dire autant des débats qui ont suivi sur le forum des maternelles,  la fois sur ce sujet précis et plus généralement sur l'homoparentalité. Là encore, chacun a droit d'avoir son opinion, loin de moi l'idée de remettre cela en cause, et de l'exprimer. Mais lire que l'homoparentalité et plus généralement l'homosexualité sont abominables, j'en suis restée bouche bée. La personne qui a tenu ces propos précisait qu'elle était professeur et qu'elle n'encouragerait jamais ses élèves à tolérer ces comportements. Une autre personne soutenait que si les homo voulaient adopter, la solution pourrait consister à attendre que les enfants aient une douzaine d'années, pour qu'ils soient à même de décider s'ils voulaient être adoptés par un couple homo ou hétéro.

D'après un sondage BVA paru ce week-end, 64% des Français sont favorables à la légalisation du mariage pour les couples homo. A lire ce type de propos (certes dans un contexte particulier), j'ai du mal à croire que "seuls" 36% des Français y sont opposés. Parce que légaliser le mariafe homo, c'est faire tomber les (hypocrites) barrières encore debout en ce qui concerne l'adoption et la filiation. Nadine Morano a renvoyé le débat en 2012. Autant dire qu'il a le temps d'être enterré. Quand j'entends ce genre de propos, je réalise la "chance" que l'on a de vivre en Europe, de pouvoir passer facilement les frontières pour contourner une législation réellement injuste.

Cactus