Nous y voilà, nous sommes jeudi, le 21 juin 2007...ce soir nous avons RV avec un des gynécos de notre liste...
Le réveil est difficile, la nuit a été orageuse et a chauffé les esprits, quelques cris dans la rue, des pneus qui crissent...pourquoi les gens sont-ils si nerveux, même la nuit !?!

Je ne me sens pas dans mes baskets mais je ne saurais pas dire si c'est positif ou négatif, je fais tout de travers, je bug notre logiciel, je comprends mes collègues de travers, je ne suis pas vraiment là...physiquement oui, mais mon esprit mes idées, mes interrogations me font voyager dans un pays imaginaire. Le pays des possibles.

Ma Cactus a passé les dernières nuits à faire des cauchemars. Le soir avant de dormir on a beaucoup discuté. Elle stresse pas mal, le RV chez le généraliste l'avait déçue parce qu'elle ne s'attendait pas à autant de frilosité venant de lui alors pour éviter d'être à nouveau échaudée, elle imagine le pire et me fait partager son pessimisme. D'une certaine façon ça la rassure puisqu'en imaginant le pire, elle pense qu'elle n'aura pas de mauvaise surprise et en y réfléchissant elle n'a pas tort...mais moi, je fonctionne tout à fait differemment.

Si elle est la raison, je suis la passion. Si elle est la tête, je suis le coeur. Si elle est le pragmatisme, je suis l'empirisme.

Je crois à la pensée magique, oui je sais c'est complétement idiot mais c'est comme ça. J'ai peur qu'en étant si pessimiste on attire à nous le négatif, du coup je penche dans l'autre sens : pourquoi le verre ne pourrait-il pas être à moitié plein, et même mieux au trois-quarts plein ?! J'ai essayé de partager cet optimiste avec ma Cactus, je crois que ça lui a fait du bien.

Revenons donc au pays des possibles...

A 17h pétantes, et pour cause nous avions RV à 17h15, je quitte mon travail sur ma fière monture à pédale pour me rendre à quelques centaines de mètre de là.
Le soleil et les notes de musique qui percent de çi de là (fête de la musique oblige) m'accompagnent. Arrivée à bon port, je suis fébrile, je répète dans ma tête ce qu'il faut dire et ne surtout pas dire (au final rien ne se passera comme on l'avait prévu, mais n'est-ce pas toutjours comme ça ?). Je sais que je suis la première, le vélo de Cactus n'étant pas accroché.
Je me décide à l'attendre dans le cabinet. J'entre dans cet immeubles ancien au charme fou, échaudée par un plus que récent (la veille) "coinçage" dans l'ascenseur, j'opte pour les escaliers, ils sont en bois, ils grincent.
Je m'arrête devant une énorme porte en fer (on dirait la porte d'un coffre-fort) : "entrer sans sonnez", je m'execute et me présente au secrétariat où je dis que j'attends "mon amie" qui a RV à 17h15 et me dirige vers la salle d'attente.
Les canapés sont plus que confortables et alors que je meure de soif, j'aperçois uen fontaine à eau. J'interprête évidemment, en bonne adepte de la pensée magique que je suis, tout cela comme autant de signes positifs et favorables. Deux femmes passeront encore avant nous.

Pendant ce temps, nous nous murmurons des choses à l'oreille, on répète ce qu'on voudrait dire, comment le dire, on anticipe sur les réponses potentielles de notre interlocutrice d'un soir...et voilà c'est à nous.

Cactus entre en premier dans le cabinet, je la suis, on s'installe. Dr Gygy nous demande ; " vous venez pour un problème particulier ? " Cactus saisissant la balle au bond répond que s'il s 'agit de quelque chose de particulier en effet, cela ne constitue pas un problème bien au contraire. Et nous lui parlons de notre projet d'IAD, elle nous informe que cela est règlementé en France et qu'il faudra se tourner vers la Belgique (ça on le savait !!), et nous lui répondons qu'un premier RV a déjà eu lieu et que nous venons la voir sur les recommandantions du Dr N.

Elle est à l'écoute, elle conseille, elle informe, elle s'approprie notre projet et met Cactus à contribution : faire une courbe de température (ce qu'elle a déjà commencé de façon plus high tech puisqu'elle fait ça en 3D sur l'ordi ;-) et  des examens sanguins notamment pour voir si elle ovule joliment !

Je me sens bien avec cette femme, elle NOUS parle, elle NOUS pose des questions, elle NOUS explique...à aucun moment, je n'ai senti une once d'appréhension de sa part. Elle maitrise son sujet, elle est claire, directe, professionnelle. Elle ne porte aucun jugement.

Le RV se termine par un examen gynéco dans un coin caché du cabinet, et si je n'ai pas les images, j'ai le son et je suis pétrifiée sur ma chaise, une des choses que j'ai beaucoup de mal à supporter c'est la douleur, autant la mienne que celle de ma Cactus et je la sais tendue par cet exam...

Je manque de défaillir quand je l'entends brièvement souffler puis respirer lentement...signe qu'elle essaie de se maitriser. Heureusement, cela se termine rapidement, une dernière explication et nous voilà dehors.

Je suis dans un état second, à la fois heureuse de tout ce qui vient de nous arriver et à la fois très à fleur de peau de la souffrance de ma chérie. Je pense qu'au delà de la compassion, c'est une petite part de culpabilité qui s'installe tout doucement parce que c'est elle qui va subir les douleurs diverses et variées.

Pour ma Cactus, la douleur sera vite passée, elle se trouvera même plutôt nulle d'avoir "fait la chochote", cette fille est folle :-)

Nous nous sentons légères, soulagées, nous l'avons notre gygy. Reste à voir si elle nous conviendra sur la durée et si le partenariat entre elle et la Belgique peut se faire de manière harmonieuse mais ce soir nous n'avons plus envie de penser à tout ça.

C'est la fête...de la musique, nous nous arretons devant une petite scène où joue un groupe, c'est un peu fort, elle me parle mais je ne peux pas l'entendre. Elle me regarde, s'approche pour me parler à l'oreille...je la regarde, elle me sourit, je lui souris et... je pleure...juste quelques larmes de bonheur...les mêmes qui coulent toutes seules à l'instant même où j'écris (si bien que je vois le clavier au travers d'un film flou !) ce post.

Ce soir, c'est la fête ... de la musique au pays des possibles et dans 5 mois débutera la grande aventure.

Mutine